TéléMoustique n°4385 du 01/09/2010
Le point G, un point d'interrogation
Actu-Société
Une étude anglaise récemment parue dans la presse scientifique remet en question la réalité du fameux point G, le Valhalla de la jouissance féminine.
Quant à savoir si le point G existe... Disons que cela dépend!
Au classement des choses futiles qui font néanmoins débat dans la société, on peut ranger en bonne position la question de l'existence du point G et les thèses passionnées qu'elle génère depuis 60 ans! C'est bien simple: si un scientifique aspire à la reconnaissance médiatique, il doit publier une étude sur le sujet, si possible avec des conclusions tranchées. Il est alors sûr de faire l'actualité pendant au moins dix jours.
Ce fut encore le cas avec la parution récente d'un travail au King's College de Londres, dont toute la presse s'est fait l'écho. En écrivant ces lignes, on s'en veut un peu de participer à cette agitation. En même temps, elle reflète les fantasmes de tous ces chercheurs qui se targuent d'établir des cartes précises du "continent noir", puisque c'est ainsi que Freud définissait la sexualité féminine.
Revendication égalitaire
Bon, reprenons depuis le début. Le point G fut d'abord une idée du médecin allemand Ernst Gräfenberg. En 1950, il "découvrait" une zone érogène puissante à l'entrée du vagin, à la manière de Christophe Colomb "découvrant" l'Amérique alors que le continent était habité depuis des milliers d'années. En l'occurrence, les femmes n'avaient pas attendu Gräfenberg pour explorer leurs plaisirs. L'idée fut néanmoins reprise plus tard par des psychologues et des chirurgiens qui entreprirent d'en prouver le bien-fondé par des techniques qui n'ont rien de particulièrement voluptueux.
En disséquant des cadavres, on peut mettre en évidence des variations d'épaisseur de la paroi antérieure du vagin et donc une sensibilité plus ou moins grande des corpuscules qu'elle recouvre, en l'occurrence la racine du clitoris qui se trouve deux ou trois centimètres en amont. Quant à la popularité de ce point G, elle s'explique en grande partie par le contexte de libéralisation sexuelle et la possibilité qu'il offrait d'établir un parallèle entre le mystérieux plaisir féminin et celui réputé plus mécanique des hommes.
En somme, le point G permettait de décliner les revendications égalitaires jusque dans les chambres à coucher. Plus tard, le slogan "Jouissez sans entrave" des années 60 céda la place à un retour des valeurs morales et le point G, comme bouton déclencheur d'orgasmes, fut assez vite contesté à la fois sur sa réalité anatomique et sur sa nature. On pourrait presque dire sa fonction politique! Nous en sommes toujours là aujourd'hui.
Construction de l'esprit
L'étude anglaise consistait à demander à 1.804 sours jumelles (vraies et fausses) quel rapport elles entretenaient avec leur point G. Les chercheurs s'aperçurent alors que les réponses (+/- 55 % des sondées confirmaient son existence) ne répondaient pas aux critères habituels de proximité génétique. Beaucoup de sours jumelles donnaient une réponse différente. L'une ressentant une zone précise de plus forte excitabilité vaginale et l'autre pas. Ils en conclurent que, face à une telle distorsion des sensations, le point G ne pouvait avoir de réalité physiologique. Il s'agissait d'une construction de l'esprit!
On leur rétorquera que la même démarche pourrait aussi bien nier l'existence du foie ou de la vésicule biliaire. Qui peut dire qu'il ressent précisément la présence de ces organes? Sauf bien entendu si l'on a appris, généralement par la douleur, à les localiser. Ici, on parle de plaisir. Mais le principe est le même. Le développement de la sexualité est, par définition, un cheminement intime qui s'établit sur des dizaines d'années. On sait que l'âge des sondées variait de 23 à 83 ans. Comment peut-on s'attendre à ce que toutes ces personnes, fussent-elles jumelles, ressentent la même chose avec des expériences sexuelles et des partenaires différents? Voilà en quoi le travail nous paraît vide de sens.
Quant à savoir si le point G existe vraiment... Disons que cela dépend des personnes, de leur éducation, de leur vécu. L'innervation du corps n'est pas strictement définie et immuable au fil du temps. On peut anesthésier certaines parties de soi ou affûter au contraire la sensibilité d'autres régions. Dans ce contexte, le meilleur moyen de ne jamais découvrir son point G réside sûrement dans les obsessions qu'il suggère, qu'il s'agisse de prouver ou de nier son existence.
Gilles Goetghebuer
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4 réactions
Noa
25-02-2010 13h53Ne suis pas contre ou pour l'existence ce lieu géographique. ;-) mais par contre je remarque depuis quelque temps, et cela est plus grave, que le machisme revient à la mode, en Europe. La femme est remise en question dans tout, sa place, son exigence, ses droits, sa mode. Et justement ce point g avait au moins l'intérêt de pousser l'homme à réfléchir, a donner du plaisir, pour être reconnu... Or on revient de plus en plus à la femme adulte procréatrice , et la jeune portemanteau objet, de mode.
jack dupre
09-02-2010 22h38Le point G existe bel et bien, je l'ai rencontré plusieurs fois, bien à sa place comme décrit, ce n'est pas une vue de l'esprit, ça jaillit! Quand il appartient à une femme fontaine cela fait Versailles au salon et c'est bon! Pôvres scientifique et journaleux! Quelle misère d'étudier cela avec une équerre dans le cul!!
Internet addict
09-02-2010 19h43Euh, je crois mais je suis pas sur que c'est s½urs jumelles non ? Ou alors Ours jumelles, c'est plausible aussi
Billy Shear
09-02-2010 16h11On ne dit pas des "sours" jumelles mais de sourdes jumelles ou: des jumelles qui ne s'entendent pas bien. Pierre
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Ce fut encore le cas avec la parution récente d'un travail au King's College de Londres, dont toute la presse s'est fait l'écho. En écrivant ces lignes, on s'en veut un peu de participer à cette agitation. En même temps, elle reflète les fantasmes de tous ces chercheurs qui se targuent d'établir des cartes précises du "continent noir", puisque c'est ainsi que Freud définissait la sexualité féminine.
Revendication égalitaire
Bon, reprenons depuis le début. Le point G fut d'abord une idée du médecin allemand Ernst Gräfenberg. En 1950, il "découvrait" une zone érogène puissante à l'entrée du vagin, à la manière de Christophe Colomb "découvrant" l'Amérique alors que le continent était habité depuis des milliers d'années. En l'occurrence, les femmes n'avaient pas attendu Gräfenberg pour explorer leurs plaisirs. L'idée fut néanmoins reprise plus tard par des psychologues et des chirurgiens qui entreprirent d'en prouver le bien-fondé par des techniques qui n'ont rien de particulièrement voluptueux.
En disséquant des cadavres, on peut mettre en évidence des variations d'épaisseur de la paroi antérieure du vagin et donc une sensibilité plus ou moins grande des corpuscules qu'elle recouvre, en l'occurrence la racine du clitoris qui se trouve deux ou trois centimètres en amont. Quant à la popularité de ce point G, elle s'explique en grande partie par le contexte de libéralisation sexuelle et la possibilité qu'il offrait d'établir un parallèle entre le mystérieux plaisir féminin et celui réputé plus mécanique des hommes.
En somme, le point G permettait de décliner les revendications égalitaires jusque dans les chambres à coucher. Plus tard, le slogan "Jouissez sans entrave" des années 60 céda la place à un retour des valeurs morales et le point G, comme bouton déclencheur d'orgasmes, fut assez vite contesté à la fois sur sa réalité anatomique et sur sa nature. On pourrait presque dire sa fonction politique! Nous en sommes toujours là aujourd'hui.
Construction de l'esprit
L'étude anglaise consistait à demander à 1.804 sours jumelles (vraies et fausses) quel rapport elles entretenaient avec leur point G. Les chercheurs s'aperçurent alors que les réponses (+/- 55 % des sondées confirmaient son existence) ne répondaient pas aux critères habituels de proximité génétique. Beaucoup de sours jumelles donnaient une réponse différente. L'une ressentant une zone précise de plus forte excitabilité vaginale et l'autre pas. Ils en conclurent que, face à une telle distorsion des sensations, le point G ne pouvait avoir de réalité physiologique. Il s'agissait d'une construction de l'esprit!
On leur rétorquera que la même démarche pourrait aussi bien nier l'existence du foie ou de la vésicule biliaire. Qui peut dire qu'il ressent précisément la présence de ces organes? Sauf bien entendu si l'on a appris, généralement par la douleur, à les localiser. Ici, on parle de plaisir. Mais le principe est le même. Le développement de la sexualité est, par définition, un cheminement intime qui s'établit sur des dizaines d'années. On sait que l'âge des sondées variait de 23 à 83 ans. Comment peut-on s'attendre à ce que toutes ces personnes, fussent-elles jumelles, ressentent la même chose avec des expériences sexuelles et des partenaires différents? Voilà en quoi le travail nous paraît vide de sens.
Quant à savoir si le point G existe vraiment... Disons que cela dépend des personnes, de leur éducation, de leur vécu. L'innervation du corps n'est pas strictement définie et immuable au fil du temps. On peut anesthésier certaines parties de soi ou affûter au contraire la sensibilité d'autres régions. Dans ce contexte, le meilleur moyen de ne jamais découvrir son point G réside sûrement dans les obsessions qu'il suggère, qu'il s'agisse de prouver ou de nier son existence.
Gilles Goetghebuer
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