TéléMoustique n°4385 du 21/07/2010
Les jeux télé intelligents
Télé-Radio
Mercator souffle un vent de fraîcheur sur l'océan des jeux télé. Notre petit écran change-t-il de bord? Il met en tout cas les voiles vers un univers où culture, histoire et aventure n'ont pas dit leur dernier mot.
Mercator souffle un vent de fraîcheur sur l'océan des jeux télé. Notre petit écran change-t-il de bord?
Bonne nouvelle pour nos neurones: à côté de l'invincible armada des jeux "surannés mais quand même revisités parce qu'on n'a rien de mieux", naviguent désormais des idées qui sentent bon la matière grise. Et sous une forme subtile: celle d'une aventure dépaysante doublée d'une trame plus culturelle capable de ranimer notre jus cérébral. Le valeureux Mercator a vite trouvé ses marques sur La Une. Passionnés de jeu et férus de culture suivent les candidats de port en port. Objectif: résoudre des énigmes et s'immerger dans le passé historique des villes pour espérer remporter la victoire. Jugeote, observation et connaissances sont les maîtres mots. L'aspect "jeu" est primordial, mais son emballage a clairement bénéficié d'une attention aussi particulière qu'inédite.
"Notre jeu, adapté d'un format de la VRT, repose sur une trame historique de départ. Elle rappelle un peu le Da Vinci Code ou Le nom de la rose par son côté énigmatique, expliqueson producteur Olivier Evrard. On raconte l'Histoire avec un grand H, où l'on visite les villes européennes en traversant le temps (Renaissance, Moyen Age.). On s'adresse ici à un public plus exigeant, à des gens désireux de se nourrir d'un peu de réflexion et de connaissances. Et peut-être iront-ils voir plus loin que l'émission. On ne voulait pas d'un simple divertissement: on avait aussi besoin d'un fond."
Quitter les studios
Cette réflexion, on la retrouve de plus en plus souvent dans les jeux contemporains. Ceux-ci décident d'offrir au téléspectateur de nouveaux horizons à explorer. Quand ce n'est pas de l'histoire, c'est de la géo (Pékin express), voire de la science (J'ai pigé, même si le côté "jeu" y est moins évident). Quand ce n'est pas de la culture pure et simple, c'est une part d'aventure, d'exotisme et d'imprévu qui s'immisce dans la partie. Dans tous les cas, il s'agit de redynamiser les mécaniques connues ou d'en inventer d'autres. Offrir un complément au schéma ancestral de l'animateur et de son cher plateau. Mais surtout, quitter les studios pour aller voir ailleurs.
Directeur de l'unité Divertissements à la RTBF, Jean-Michel Germys reconnaît cette perpétuelle recherche de nouveauté: "La télévision est comme ça: chaque genre a son cycle de vie, et tout doit se réinventer sans cesse. Un jeu comme Mercator, c'est un mélange de plusieurs choses, mais ça reste un jeu à la base. Est-ce qu'il s'agit d'un jeu malin? Oui, en partie, mais qui évite le côté trop professoral car il inclut la dimension d'aventure. L'air du temps influe sur les contenus porteurs. Une émission comme Des chiffres et des lettres, d'une simplicité biblique, n'est pas envisageable en prime time. Car plus c'est simple, plus c'est difficile à exposer dans la case horaire très concurrentielle de première partie de soirée."
Jeu et téléréalité, même combat?
Culture et aventure constitueraient-elles la formule magique du moment? Sans aucun doute! Une recette à laquelle il faut ajouter l'ingrédient "téléréalité". Longtemps effrayés par le genre, les créateurs de jeu osent aujourd'hui prononcer son nom sans complexe. Eric Poivre, directeur adjoint des antennes RTBF et créateur de feu Forts en tête ou La chaîne, n'a aucune honte à dire que les jeux, aussi intelligents soient-ils, ont trouvé dans la téléréalité des ingrédients précieux. "C'est juste une grammaire, une manière de filmer. Elle laisse les émotions s'exprimer au maximum et elle les restitue le mieux possible au montage. Des jeux comme La chaîne ou Mercator rentrent dans cette définition."
L'important, désormais, est donc de mijoter le concept qui fait mouche, peu importent les genres qui doivent être cuisinés. Avec un impératif: séduire un public à qui on ne fait pas manger n'importe quoi. "Partons de l'exemple d'une émission de variétés, souligne très justement Jean-Michel Germys. Aujourd'hui, si on propose uniquement un enchaînement de variétés, le public va fuir. Il faut quelque chose en plus, une valeur ajoutée qui donne naissance à des concepts commela Star Academy ou N'oubliez pas les paroles. C'est pareil pour les jeux auxquels on ajoute désormais un côté plus attractif. Dans Tout le monde veut prendre sa place, on a un champion assis sur un trône et une mise en scène innovante..."
"Soyons clair, poursuit notre interlocuteur. Si le contenu historique et culturel de Mercator était présenté sous la forme d'un documentaire, avec des portraits détaillés des villes, ça ne marcherait pas! De là à dire que les jeux "intelligents" constituent l'avenir de notre petit écran, il y a un pas que je ne franchirai pas. Si on regarde l'offre télévisuelle globale, on se rend compte que très peu de chaînes prennent le risque d'innover ou de demander un effort intellectuel aux spectateurs." La question mérite donc d'être posée: les jeux malins vont-ils continuer à se développer? "Peut-être, avoue Eric Poivre. Mais se surdévelopper, sûrement pas".
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1 réaction
titi
10-02-2010 19h55Mercator, un jeu culturel? Oui bon ça ne vole quand même pas très haut...et le vocabulaire des participants (qui ne savent pas aligner une phrase sans proférer un gros mot) me conforte dans cet avis..
Egalement dans ce numéro
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"Notre jeu, adapté d'un format de la VRT, repose sur une trame historique de départ. Elle rappelle un peu le Da Vinci Code ou Le nom de la rose par son côté énigmatique, expliqueson producteur Olivier Evrard. On raconte l'Histoire avec un grand H, où l'on visite les villes européennes en traversant le temps (Renaissance, Moyen Age.). On s'adresse ici à un public plus exigeant, à des gens désireux de se nourrir d'un peu de réflexion et de connaissances. Et peut-être iront-ils voir plus loin que l'émission. On ne voulait pas d'un simple divertissement: on avait aussi besoin d'un fond."
Quitter les studios
Cette réflexion, on la retrouve de plus en plus souvent dans les jeux contemporains. Ceux-ci décident d'offrir au téléspectateur de nouveaux horizons à explorer. Quand ce n'est pas de l'histoire, c'est de la géo (Pékin express), voire de la science (J'ai pigé, même si le côté "jeu" y est moins évident). Quand ce n'est pas de la culture pure et simple, c'est une part d'aventure, d'exotisme et d'imprévu qui s'immisce dans la partie. Dans tous les cas, il s'agit de redynamiser les mécaniques connues ou d'en inventer d'autres. Offrir un complément au schéma ancestral de l'animateur et de son cher plateau. Mais surtout, quitter les studios pour aller voir ailleurs.
Directeur de l'unité Divertissements à la RTBF, Jean-Michel Germys reconnaît cette perpétuelle recherche de nouveauté: "La télévision est comme ça: chaque genre a son cycle de vie, et tout doit se réinventer sans cesse. Un jeu comme Mercator, c'est un mélange de plusieurs choses, mais ça reste un jeu à la base. Est-ce qu'il s'agit d'un jeu malin? Oui, en partie, mais qui évite le côté trop professoral car il inclut la dimension d'aventure. L'air du temps influe sur les contenus porteurs. Une émission comme Des chiffres et des lettres, d'une simplicité biblique, n'est pas envisageable en prime time. Car plus c'est simple, plus c'est difficile à exposer dans la case horaire très concurrentielle de première partie de soirée."
Jeu et téléréalité, même combat?
Culture et aventure constitueraient-elles la formule magique du moment? Sans aucun doute! Une recette à laquelle il faut ajouter l'ingrédient "téléréalité". Longtemps effrayés par le genre, les créateurs de jeu osent aujourd'hui prononcer son nom sans complexe. Eric Poivre, directeur adjoint des antennes RTBF et créateur de feu Forts en tête ou La chaîne, n'a aucune honte à dire que les jeux, aussi intelligents soient-ils, ont trouvé dans la téléréalité des ingrédients précieux. "C'est juste une grammaire, une manière de filmer. Elle laisse les émotions s'exprimer au maximum et elle les restitue le mieux possible au montage. Des jeux comme La chaîne ou Mercator rentrent dans cette définition."
L'important, désormais, est donc de mijoter le concept qui fait mouche, peu importent les genres qui doivent être cuisinés. Avec un impératif: séduire un public à qui on ne fait pas manger n'importe quoi. "Partons de l'exemple d'une émission de variétés, souligne très justement Jean-Michel Germys. Aujourd'hui, si on propose uniquement un enchaînement de variétés, le public va fuir. Il faut quelque chose en plus, une valeur ajoutée qui donne naissance à des concepts commela Star Academy ou N'oubliez pas les paroles. C'est pareil pour les jeux auxquels on ajoute désormais un côté plus attractif. Dans Tout le monde veut prendre sa place, on a un champion assis sur un trône et une mise en scène innovante..."
"Soyons clair, poursuit notre interlocuteur. Si le contenu historique et culturel de Mercator était présenté sous la forme d'un documentaire, avec des portraits détaillés des villes, ça ne marcherait pas! De là à dire que les jeux "intelligents" constituent l'avenir de notre petit écran, il y a un pas que je ne franchirai pas. Si on regarde l'offre télévisuelle globale, on se rend compte que très peu de chaînes prennent le risque d'innover ou de demander un effort intellectuel aux spectateurs." La question mérite donc d'être posée: les jeux malins vont-ils continuer à se développer? "Peut-être, avoue Eric Poivre. Mais se surdévelopper, sûrement pas".
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