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28 juillet 2010
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TéléMoustique n°4384 du 28/07/2010

Wallonie, terre promise?

Pascal Verbeken

Actu-Société

Pascal Verbeken, journaliste à Humo, est parti à la recherche d'une page effacée de l'histoire de Flandre. Une page écrite en Wallonie.

En Belgique, le passé de l'un, c'est l'avenir de l'autre

 On a lu son livre, on verra bientôt son film (courant février sur La Une) et on voudrait lui dire bravo, à notre confrère de Humo, Pascal Verbeken. Pas seulement parce que ce Flamand a écrit un livre empreint de tendresse envers la Wallonie; pensez donc, il l'a appelé La terre promise. (*) Un livre généreux peut aussi être un bon livre. Un livre dont on se souviendra. Un livre éclairant, en plein pays noir.

 Terre promise? Aujourd'hui, c'est à Bruxelles que les hommes et les femmes de Bialystok, en Pologne, cherchent un meilleur futur. C'est à Schaarbeek, Saint-Josse ou Gand que les Turcs d'Emirdag viennent tenter leur chance. Hier, de Grammont à La Louvière, d'Aarschot à Farciennes, du Limbourg à la province de Liège, c'est en Wallonie qu'ont immigré près de 500.000 Flamands. La Flandre veut l'ignorer, mais son passé raconte aussi un demi-million d'histoires "de chômage et de ventres vides".

 Cette misère, le journaliste francophone August De Winne la racontait il y a plus d'un siècle dans A travers les Flandres, le récit d'une enquête aux confins d'une région ravagée. Prenant ce périple à rebours, Pascal Verbeken a traversé l'ancien sillon industriel menant du Borinage à Liège. Pour raconter le parcours de ces Flamands ayant fui leurs terres et retrouver la trace des derniers témoins de cette immigration oubliée. Mais pas seulement: "s'il y a encore quelque chose à faire dans ce pays, c'est regarder notre passé. Parce que c'est là que naissent la plupart des rancunes et des frustrations du psychodrame belge".

De cette immigration flamande massive en Wallonie, il ne reste plus grand-chose. Si ce n'est la colombophilie, une spécialité importée du nord, ou les patronymes à consonance flamande: Van Cauwenberghe, Onkelinx, Daerden, etc. Pourquoi?
Pascal Verbeken. - L'oubli arrange les deux parties. La Flandre a voulu zapper ses années noires. Chez nous, la page des Flamands de Wallonie est complètement effacée. L'histoire de Flandre a beau être un des champs les plus étudiés dans nos facultés, il nous est toujours difficile d'accepter qu'une part importante de notre passé gît dans les cimetières wallons. A La Docherie, par exemple, la moitié des tombes portent des noms flamands. Ce sont souvent les sépultures les plus pauvres et cela cadre mal avec l'image qu'on a choisi de privilégier au Nord: celle d'une région phare, d'un moteur pour le pays. Mais en Wallonie, on cultive également une représentation discutable au regard de l'histoire: celle d'une région multiculturelle, cosmopolite et décontractée.

Qu'a-t-on oublié exactement en Wallonie?
Sans vouloir généraliser, le stéréotype le plus répandu en Wallonie à propos des ouvriers débarquant de cette Flandre miséreuse voulait qu'il s'agisse d'arriérés congénitaux. Au théâtre ou dans les chansons populaires, on chantait "doze flamand et on pourçia fet traze biesse" ("douze Flamands et un porc font treize bêtes"). Et bien après le 19e siècle, dans les années 60 encore, on entendait fréquemment "les flamins, c'est ni des djins" ("les Flamands, c'est pas des gens"). Cette conviction d'une certaine supériorité, on la retrouve d'ailleurs encore dans le livre signé par Jean-Claude Van Cauwenberghe il y a quelques années. Dans Oser être Wallon, l'ancien ministre-président exhumait le vieux cliché de la supériorité de la culture wallonne. Même à l'époque, on a vu peu de réactions dans la presse francophone. Si ce n'est Marc Moulin.

Pourquoi les Flamands de Wallonie que vous avez rencontrés évoquent-ils rarement ce racisme à leur égard?
Le souvenir que garde une majorité, c'est que leur intégration s'est déroulée sans encombre. Je les crois volontiers. Mais ces gens ne passaient pas leur temps à étudier leur perception en tant qu'étrangers tandis qu'ils travaillaient dur dans la sidérurgie, les charbonnages ou les verreries. D'autres, en revanche, l'ont fait et confirment ces stéréotypes. On sait aussi que les Flamands héritaient souvent des tâches les plus dures. Et quand je dis dures... Un curé de Seraing m'a raconté qu'à 50 ans, les ouvriers étaient totalement épuisés, détruits. Quand il conduisait les cortèges aux enterrements, il devait marcher à tout petits pas. La famille ne pouvait pas suivre le rythme, même le plus lent.

[...]

Au fond, pourquoi les Wallons n'émigrent-ils pas à leur tour?
C'est la face sombre de la sécu! Quand le chômage a explosé dans le Sud, la sécurité sociale était suffisamment développée pour couper cette dynamique naturelle et universelle: on quitte sa terre quand il n'y a pas de travail.

Pourtant, pour vous, la sécurité sociale fait figure de dernier monument belgo-belge. Cela nous amène à la conclusion: quel avenir pour ce pays si mal à l'aise à l'égard de ses passés?
Au 19e siècle, des députés du Hainaut se demandaient si on devait encore traîner cette Flandre miséreuse et inutile. Dans les années 50, les francophones s'inquiétaient du nombre de familles nombreuses flamandes. Aujourd'hui, c'est la Wallonie qui s'accroche au roi, avec un président socialiste qui lui donne sans cesse du "majesté". Ce pays totalement artificiel qu'est la Belgique est un soap opera aux rebondissements incessants.

Le dernier acte?
En Belgique, le passé de l'un, c'est le futur de l'autre. Pourtant, à force de se construire des identités par contraste avec celle de l'autre, la Wallonie et la Flandre se croient toutes les deux immunisées par les problèmes d'en face. En Wallonie, on évite soigneusement toute réflexion à propos de l'immigration. Or, l'idéal multiculturel des années 60-70 n'est plus. Il n'y a pas de miracle wallon ici: à Charleroi comme à Anvers, la mécanique de la xénophobie est la même. Le Sud est tout aussi mûr que la Flandre, la France ou les Pays-Bas pour le populisme. J'ai été très étonné à Marchienne-au-Pont de constater la scission entre Carolos de souche et "nouveaux Belges". De véritables ghettos. Mais surtout n'en parlez pas, c'est un tabou wallon! En Flandre, on se refuse d'avouer qu'on a un jour crevé de faim et on a développé ce que le philosophe allemand Habermas appelait le "chauvinisme du bien-être". Quand j'ai rencontré Franco Dragone, il m'a dit: "la Flandre non plus n'est pas à l'abri de la brutalité du monde". Et aujourd'hui, des milliers d'emplois s'envolent à Anvers. Un jour, ce psychodrame belge permanent pourrait s'évaporer, pour avoir trop longtemps ignoré qu'on avait bien plus en commun qu'on ne le pensait. Vous saviez que Jean-Claude Van Cauwenberghe avait parmi ses aïeux quelqu'un qui s'appelait De Wever?
Jean-Laurent Van Lint

(*) "La terre promise, Flamands en Wallonie", Pascal Verbeken. Editions du Castor Astral.

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Tags: Wallonie, Belgique, Flandre.

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3 réactions

 

HAUTEKEER Michel

06-02-2010 13h01

On essaye toujours de réécrire l'histoire selon ses intérêts à un moment donné. Dans aucune situation rien n'est jamais noir ou blanc, mais contrasté. Que d'aucuns veuillent occulter certains pans de leurs passés qui ne "collent" pas à leurs standard actuels. C'est l'histoire - en train de s'écrire - qui finira par les rattraper. Combien de belges sont comme "moi" issus à 50% de chaque communauté... innombrables; Pourquoi devoir choisir entre son père et sa mère ? c'est ca la spécificité Belge.

kooyoo

04-02-2010 20h51

Mon grand père, natif de Heldergem (Ninove), partait comme saisonnier dans les champs du Nord de la France ou en Wallonie. Jamais il n'aurait critiqué ni voulu une cission. Les politiciens flamands d'aujourd'hui lui feraient honte.

jeweuser

02-02-2010 17h50

Fin 1968 j'ai habité durant 3 mois à Charleroi pour mon métier. Je rentrais tous les vendredi soir à Bruxelles chez mes parents. Je prenais le train de la ligne Charleroi - Bruxelles - Anvers. Ce train était occupé à 90 % de Flamands qui rentraient chez eux après une journée de travail dans la région de Charleroi, alors très prospère. Ces gens là n'ont certainement pas oubliés que c'est la Wallonie qui les a nourris, contrairement aux politiciens flamingands qui veulent la scission de la Belgiqu


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