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01 septembre 2010
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TéléMoustique n°4381 du 01/09/2010

Demotte met la Flandre en garde

Rudy Demotte

Actu-Société

Sur une petite carte, la Flandre efface la Wallonie et réquisitionne Bruxelles. Pour le n°1 francophone, c'est bien plus qu'un couac...

Nier l'autre n'est pas la bonne manière d'installer le meilleur climat de négociation.

 Le ministre-président wallon et francophone est tout sauf un excité communautaire. Il est d'ailleurs le politique francophone le plus apprécié en Flandre. Mais chez lui comme chez d'autres, trop peut être te veel. L'affaire dite "du carton d'invitation" date du 7 décembre dernier. Un mois plus tard, Rudy Demotte ne l'a toujours pas avalée. Pour lui, il s'agit bien plus que d'un nouveau soubresaut folklorique de la bisbrouille communautaire belgo-belge.

 Vous ne connaissiez pas "l'affaire du carton"? Retour au 7 décembre dernier, donc. A l'occasion d'un grand congrès américain sur le tourisme, la Flanders House de New York, qui promeut la Région flamande aux Etats-Unis, envoie des cartons d'invitation aux professionnels américains du secteur. Avec son homologue néerlandaise, elle organise une réception dans un restaurant de Long Island. Une opération de promotion commune sur le thème "Hollanders & Flanders, so close, so different". Rien à dire, jusque-là.

 Sauf que. Sur le carton d'invitation, la Flanders House a fait imprimer une carte représentant la Flandre et les Pays-Bas. Et sur cette carte, la Wallonie a disparu: elle est fondue dans la France. Quant à Bruxelles, elle n'est pas une région mais une ville annexée par la Flandre, repositionnée quelque part entre Anvers et Gand, du côté de Lokeren. Pour le profane américain, la Flandre indépendante est donc un pays qui jouxte la France et Bruxelles lui appartient. Quant à la Wallonie, elle n'existe pas.

 Gêné mais pas trop, le ministre flamand du Tourisme, Geert Bourgeois (N-VA), parlera d'une "erreur matérielle", précisant qu'il ne fallait "rien y voir derrière". Pas convaincu, le ministre-président bruxellois, Charles Picqué (PS), se dira peu surpris: "Ce n'est que la partie visible d'un iceberg". Son ministre bruxellois du Tourisme, Christos Doulkeridis (Ecolo), a réagi par la dérision, en envoyant à la Flanders House de New York une carte de la Belgique et une autre de l'Europe. Mais Rudy Demotte, lui, n'a pas envie de rire.

 C'est que la fameuse carte n'est pas l'oeuvre de militants séparatistes mais de fonctionnaires de l'administration flamande, censés être des pros de la communication. Et ces gens "responsables" ont bel et bien fait de la Flandre un Etat indépendant, en niant l'existence même de l'autre grande communauté du pays. Pour le patron de la francophonie belge, ceci n'a rien d'une désinvolture. C'est le révélateur d'un processus mental de banalisation. Le résultat visible d'un bourrage de crâne nationaliste. L'idée d'une Flandre délestée du "boulet" wallon a fait son chemin, si pas chez tous les citoyens flamands, du moins chez certains.

Etre le ministre-président d'une Région qui n'existe pas, ça fait quel effet?
Rudy Demotte. - Je suis déjà rassuré qu'une partie de la Communauté française existe encore: Bruxelles n'est pas rayée de la carte! Evidemment, elle est assimilée à la Flandre. Ce que je comprends: la Flandre regarde la vitrine internationale qu'est Bruxelles avec délectation. Mais de là à se l'approprier! Je peux comprendre que pour promotionner sa région, la Flandre se mette en exergue. Qu'elle soit installée dans un quasi-continuum avec les Pays-Bas témoigne déjà d'un certain état d'esprit. Soit... En revanche, quand est inscrit "France" en dessous de cet espace Flandre/Pays-Bas, c'est la négation de la Wallonie, mais aussi de l'existence de la Région de Bruxelles-Capitale et donc de la Belgique. En fait, c'est nier l'autre.

On vous sent choqué, quand vous en parlez...
Oui. Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas un boute-feu communautaire. Je suis né en Flandre, j'y ai vécu une partie de mon enfance. Je suis d'une commune francophone, Flobecq, mais qui est une commune à facilités pour les néerlandophones. Et c'est très bien ainsi. Au contraire d'autres, jamais je ne me suis nourri du pain communautaire. J'ai passé ma vie politique à défendre le respect de l'autre et la loyauté fédérale. Quand on touche à vos points d'accroche - le respect de l'autre dans une structure fédérale -, c'est d'autant plus blessant. D'ailleurs, avant de réagir officiellement à cette carte devant le parlement, suite à une question d'un député, j'avais directement et sans le rendre public écrit à mon homologue Kris Peeters, pour lui dire à quel point j'étais choqué.

Le coup de l'"erreur matérielle", vous n'y croyez pas?
Ce n'est en tout cas pas le fait du hasard. Je mettrais plutôt ça sur le compte d'un continuum psychologique. Depuis des décennies, et de manière de plus en plus insistante, on entend en Flandre prôner des valeurs autonomistes, voire indépendantistes. Ce n'est pas un hasard si, du côté francophone, l'info-fiction d'éclatement du pays à la RTBF, Bye-bye Belgium, a suscité un tel émoi dans la population. Beaucoup y ont cru! Pourquoi? Parce que ces thèses sont tellement répétitives que le scénario est devenu crédible. Et en Flandre, ce n'est pas un hasard qu'on en arrive à faire une carte qui gomme la Wallonie et nie l'existence de la Région bruxelloise.

C'est la banalisation qui vous choque le plus?
Oui. Si ça n'avait pas été soulevé, cette carte serait passée comme ça, de manière insipide. C'est ça qui est préoccupant: au bout du compte, on a le sentiment que ce genre d'"erreur matérielle" peut se faire et se reproduire sans que personne ne réagisse. C'est comme quand quelqu'un se fait agresser dans le tram et qu'autour, personne ne réagit. On finirait par admettre que ce qui est présenté comme une "erreur", en soi, n'est pas grave. Mais c'est quelque chose qui a un sens, chez certains en Flandre! Ce n'est donc pas anodin. Cette "erreur" doit évidemment faire pouffer ceux qui, en Flandre, ont des visées radicales. Cela dit, je suis persuadé que ça ne fait pas rire tous les Flamands. Il y en a aussi qui pensent que ce type d'erreur est choquant.

[...]

Côté francophone, ce genre d'incident révélateur conforte-t-il la thèse qu'il faut exiger dès maintenant, dans la négociation sur BHV, un lien territorial entre Bruxelles et la Wallonie? Au cas où...
C'est clair que ça pousse à une méfiance qui est encore plus grande. Ça nous conforte dans le soupçon que, côté flamand, il y a toujours quelque chose de sous-jacent. Du côté francophone, on a toujours plaidé, dans la périphérie bruxelloise, pour le respect des droits des francophones, qui est institutionnellement mais aussi humainement fondamental. Respecter l'homme là où il vit, dans sa culture et dans sa langue. Non pas sur la base du territoire, mais des droits de l'individu.

Donc, ça doit se traduire par une extension des limites de la Région bruxelloise bilingue?
Le débat est ouvert. Les francophones sont demandeurs d'une fédération Wallonie-Bruxelles. Les Flamands pourraient entrer dans la même logique, en jouant la carte Flandre-Bruxelles, pourquoi pas? Mais pour ça, il faut d'abord reconnaître Bruxelles comme une région à part entière. Or pour l'instant, la Flandre est toujours dans la négation de Bruxelles comme véritable région. Donc, tous les négociateurs francophones - wallons ou bruxellois - prendront leurs précautions. Y compris, s'il le faut, celle d'exiger l'élargissement géographique de Bruxelles, ce qui sous-tend un lien Bruxelles-Wallonie.

Vous avez déclaré, suite à l'incident de la carte: "On ne peut plus croire en la sincérité de la Flandre". C'est terrible de dire ça...
Oui, mais il faut remettre la phrase dans le contexte. J'ai dit qu'à partir de ce continuum d'incidents, d'attitudes et d'actes unilatéraux niant la Belgique ou la loyauté fédérale, une communauté arrive à ne plus croire en la sincérité de l'autre. Je veux dire par là que l'espace de dialogue de communauté à communauté est devenu un espace de méfiance, si pas de défiance. Et ça, ce n'est pas bon. Chacun de ces gestes a été posé dans un sens qui ne peut être interprété que comme une provocation. Ne pas succomber aux provocations est une chose. Etre naïf en est une autre. Je ne suis pas un naïf.

Ce genre d'incident à répétition ne vous donne jamais l'envie de tirer le rideau et de négocier dès maintenant la séparation?
Je suis un homme vraiment pétri de la volonté de dialogue et de diplomatie. La guerre est une poursuite de la politique par d'autres moyens. Je pense qu'il faut laisser jusqu'au bout la place au dialogue et ne pas entrer dans des logiques belliqueuses. Quand on se laisse aller au sentiment qu'il n'y a plus rien à faire, qu'on est dans une logique de rupture, alors on va vers de véritables situations difficiles pour tout le monde. Et ça, je ne le veux pas.

Mais en même temps, c'est un secret de Polichinelle: vous affirmez à vos collaborateurs que vous préparez déjà "l'après". Vous faites comme si l'espace Wallonie-Bruxelles devait un jour voler seul...
Ce que je dis et je répète aux francophones, c'est qu'on ne peut plus nous reprocher de ne pas nous occuper de nous-mêmes. N'attendons pas des autres qu'ils s'occupent de nous. Assumons-nous. N'attendons pas tout de l'Etat. Faire ça, c'est la meilleure manière de mettre un frein aux tendances centrifuges de ce pays. Ce dont se nourrit le nationalisme flamand, c'est notamment que les francophones ne voulaient pas se prendre en charge et faire un certain nombre d'efforts. On a déjà prouvé que c'était faux. Il faut continuer. Pour nous, d'abord. Au cas où, ensuite. Je suis très attaché à la structure fédérale de notre Etat, y compris avec ses complexités. Mais mon rôle de président wallon et de la Communauté française, c'est aussi de prendre des précautions, dans le cas d'une accélération de ces forces centrifuges.

Vincent Peiffer

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Tags: Wallonie, Flandre, Rudy Demotte, Geert Bourgeois, BHV.

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13 réactions

 

Jan

01-02-2010 12h57

Quand je lis ces réactions (et dans l'autre press wallon), je marque la haine contre les Flamands : nous sommes fascistes, racistes et nous aimerions intimider les francophones. C'est étrange que vous restez avec nous en Belgique. Peut être vous devez demander la divorce, car vous n'aimez pas coexister avec nous ...

jarouet

13-01-2010 11h25

Un couac ? une erreur matérielle ?... De qui se moque-t-on? En tant que multilingue de flandre je puis vous confirmer que ceci est tout simplement orchestré par les fachos du NVA avec la complicité hypocritique et jésuitique du CD&V. Depuis trop longtemps nous assistons sans réagir aux sabotages à répétition des sbires de la collaboration avec les nazis et qui n'ont qu'un seul objectif: le destruction du pays, avec l'appui des barbares du TAK et VOORPOST. Quand allons-nous enfin réagir?

serge(suite et fin)

13-01-2010 06h25

Il suffirait pourtant de "cinq minutes de courage politique", fusionner AUJOURD'HUI unilatéralement la Wallonie et Bruxelles en région francophone.... Mais là encore y en a qui vont perdre leur job... Pour le commentaire de Kissé Kidissa, normal tous les sieges sociaux de ces distributeurs(comme tout le reste d'ailleurs) sont implantés en Flandre et se... fournissent donc en Flandre. Mais sommes nous capables de produire la même chose? Nous, les assistés!

serge(suite)

13-01-2010 06h06

En attendant la fin annoncée, la Flandre la joue en solo, ramassant tout ce qui peut l'être, et encore une fois, nos politiques, la royauté, les médias, rapportent l'information avec un peu d'indignation(très contenue,"il faut préserver le dialogue"), pauvre de nous, des types sauvent leur job sur notre avenir!

serge

13-01-2010 05h57

Tout cela n'est qu'un épisode de plus dans un processus engagé il y a longtemps. Les politiques francophones sont les seuls responsables. Le commun des wallons se sent Belge et aucun de nos politiques pour des raisons électoralistes n'ose crier la vérité de peur d'être pénalisé aux urnes.Comment demander aux wallons de se prendre en mains, d'être fiers, alors qu'on a vendu leur fierté, leur dignité et leur honneur?

Kissé Kidissa

12-01-2010 22h03

Exact Renald et dans les grandes surfaces pourtant françaises comme Carrefour ou Champion, on se la joue "c'est du Belge" mais en fait,regardez bien, c'est tout Flamand! Je ne comprends pas cette méthode de vente...

xavier

12-01-2010 20h29

Nous sommes les enfants d'un mauvais mariage...Donc faisons un bon divorce et prenons notre destin en main.

RENALD

12-01-2010 19h27

La Flandre ne cessera de faire du show et faire passer la Wallonnie une région sous développée , il faut que celà cesse , vive BHV et la casse avec BART et ses nationalistes laissons ce fou et chez nous arrêtons de les faire vivre il serait temps d'arrêter de faire les cons et d'acheter les produits bombardés par la Flandre dans nos grandes surfaces

RENALD

12-01-2010 19h19

Il y a bien longtemps que la Belgique est aux mains des Flamands et le seul moyen pour la Wallonnie de se relever est de se séparer de la Flandre et de travailler avec Bruxelles , c'est l'ultime solution car la Flandre ne cesser

Kissé Kidissa

12-01-2010 18h35

Rudy Demotte est un naïf et je n'utilise pas le terme que certains lui donnent. Moi, j'ai pris de l'avance,la Flandre c'est déjà l'étranger puisque dans ce pays on fait déjà beaucoup de choses autrement qu'en Wallonie à commencer par la peinture des feux de circulation.Je suis chez moi en France et à propos, avez-vous remarqué que les Français se marrent de la Belgique et des Belges mais jamais de la Wallonie et des Wallons...? Pourtant,ils ont les blagues corses...

Vansevenant Philippe

12-01-2010 17h35

Monsieur Demotte est un rien naif. Suivez le lien et vous verrez que ce n'est pas un couac! http://nl.wikipedia.org/wiki/Groot-Nederland

Ronald (pas le tueur flamand)

12-01-2010 17h32

Une autre preuve flagrante : sur l'autoroute E314 qui relie le Nord de Maastricht à Leuven, au passage de la frontière neerlando-belge (dématérialisée mais bien visible grâce au changement des luminaires)le premier panneau côté belge est un " welkom in vlaanderen". Ils l'on mis on ne peut plus à la limite quelques 400 mètres avant le panneau qui indique l'entrée en Belgique avec les indications de vitesses maximales de notre pays. LAMENTABLE.

Corman

12-01-2010 15h59

Quand on oublie la Wallonie sur une carte,et que l'on vide les casernes de Wallonie pour installer les soldas en Flandre et que nos ministres ne le remarquent pas danger!!!!


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