TéléMoustique n°4373 du 01/09/2010
Tout ça ne nous rendra pas Strip-tease
Télé-Radio
Au bordel ce soir le prouve: le ton du "magazine qui vous déshabille" est toujours bien vivant. Mais pour combien de temps encore?
Dans la cuisine, ça parlait beaucoup plus de fric que de sexe. On était dans le bon.
Bonne nouvelle pour tous les amateurs de tranches de vie télévisées: Tout ça (ne nous rendra pas le Congo) est de retour pour six numéros. Après un passage sur La Deux, l'émission retrouve une case sur La Une, le mercredi soir vers 22 heures. Dans ces savoureux reportages, il sera question de fous d'Internet, de riches qui ont des problèmes pour boucler leurs fins de mois, d'adeptes de la "biologie totale" qui soignent le cancer par téléphone et bien d'autres barges.
Pour débuter ce nouveau cycle: Au bordel ce soir. Et, déjà, cette impression que le film de 52 minutes deviendra culte. Le réalisateur Didier Verbeek a planté sa caméra dans l'arrière-salle de l'Andromeda, un de ces bars à filles qui bordent la nationale reliant Liège à Saint-Trond. La vie de ce petit établissement défile sous nos yeux. Les bons mots de Véronique, pétillante Française. Le sourire d'une sculpturale Tchèque, lorsqu'elle revient avec ses billets en main. Les joies et les peines des autres filles, l'ennui aussi. Et surtout, Ghislain, le tenancier à l'apparence peu engageante.
Bien sûr, il encaisse une partie de leurs gains. Mais bon, il faut bien payer le loyer, la taxe communale (5.500 €/an) et gagner sa croûte. Le tout avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête: le jour où la commune de Saint-Trond décidera de se passer de la corne d'abondance que représente la quarantaine de bars à filles présents sur son territoire, Ghislain risquera plusieurs années de prison pour avoir facilité la prostitution. Ceci dit, l'ours n'est pas un bourreau, plutôt un "bompa". Ses filles, il les conduit, les console, les cajole un peu à l'occasion et ne leur manque jamais de respect. Et elles le lui rendent bien lorsqu'il a des ennuis de santé.
Loin des clichés médiatiques que charrie habituellement le sujet, le ton du film est léger, enlevé, jamais graveleux. On se surprend même plus d'une fois à rire. Cette caméra qui colle aux personnages, l'empathie que l'on ressent pour certains d'entre eux et l'absence de jugement moral: pas de doute, il y a du Strip-tease là-dessous. Cette filiation avec l'émission qui a déshabillé les Belges de 1985 à 2003, le réalisateur Didier Verbeek ne la nie pas: "On ne voulait pas faire du pathos, ni du racoleur. Quand, après quelques visites, j'ai remarqué que, dans la cuisine, ça parlait beaucoup plus de fric que de sexe, j'ai su qu'on était dans le bon".
Prendre les habitudes du téléspectateur à contre-pied, quitte à déranger les bonnes âmes: encore et toujours la méthode Strip-tease. "Aujourd'hui, quand on parle de prostitution à la télévision, il faut toujours que la fille soit une esclave exploitée par un réseau de vilains maquereaux. Nous montrons que cela ne se passe pas nécessairement comme ça. Ghislain n'a rien d'un méchant mac, bien au contraire, et les filles assument de se faire de l'argent grâce à leur corps. Ça ne va pas plaire à tout le monde", se réjouit le réalisateur qui compte bien présenter son travail dans l'un ou l'autre festival à l'étranger.
[...]
Evolution inquiétante
Fallait-il, pour autant, tout garder tel quel et ne pas réagir aux évolutions de la société? "Non, bien sûr, réagit Jean Libon. Il est tout à fait clair que la manière dont la télévision est reçue a complètement changé. Par exemple, j'ai été très étonné des réactions après la diffusion, le 10 juillet 2008, du portrait que nous avions réalisé, avec Marco Lamensch, de Bert Anciaux. Apparemment, les gens l'avaient trouvé très sympa alors que ce n'était pas le propos. Nous montrions tout de même ce qui se cachait derrière son sourire. Mais si nous ne sommes pas explicites, tout cela ne passe plus."
D'ailleurs, cette évolution inquiète davantage l'équipe que l'heure à laquelle sont programmés les reportages. "Un portrait de Roberto D'Orazio, tel que réalisé à l'époque, ou même de Mogi Bayat (le bouillant manager du Sporting de Charleroi - NDLR) est devenu impossible à faire aujourd'hui", se désole Didier Verbeek. "L'époque est à la communication, plus au journalisme, enchaîne Jean Libon. Or, notre propos est justement de défendre une écriture télévisuelle et une vision de la société qui ne soient pas uniquement de la communication."
Un flambeau à reprendre
Reste à espérer que les graines semées continuent à donner de jeunes pousses désireuses de reprendre le flambeau. Mais là encore, c'est plutôt le pessimisme qui est de mise: "Des jeunes qui sortaient des écoles de journalisme avec comme ambition de nous rejoindre, cela n'existe pratiquement plus en Belgique et en France. Ou alors à doses homéopathiques. Aujourd'hui, il y a des gars qui viennent présenter des sujets en disant: "Je connais un petit vieux sympa qui vit avec son chien". Ils n'ont rien compris."
Les héritiers de Strip-tease refusent cependant de baisser les bras. "Je suis persuadé de la pertinence de ce que je fais. Tant que personne ne m'aura prouvé que je suis à côté de la plaque, je continuerai, lance Yves Hinant. Réaliser des reportages au long cours (huit mois ont été nécessaires pour Au bordel ce soir - NDLR) est peut-être considéré comme un luxe, mais c'est un luxe que j'estime nécessaire. Pour moi, la solution d'avenir, c'est d'être encore plus radical et, surtout, de ne rien lâcher."Les téléspectateurs qui veulent les soutenir dans ce combat n'ont, finalement, qu'une chose à faire: être à l'heure aux rendez-vous télé fixés pour profiter de ce ton à nul autre pareil.
Pascal De Gendt
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4 réactions
Pierrot
10-12-2009 22h28"L'époque est à la communication, plus au journalisme"... Inquiétant comme constat...Faut pas s'étonner, alors du succès de "Métro" et autres gratuits...Les gens se contenteront des faits, rien que des faits et se feront leur propre opinion...N'empêche, la petite soeur de Strip Tease, très bonne émission !
Celi
09-12-2009 11h11Dès les premières images je suis devenue "accro"de votre émission!Enfin je trouve la pertinence du ton,la tendresse des personnages,leurs imperfections,leurs justesse...Tout simplement des êtres humains comme nous avec nos forces et nos faiblesses.Un travail d'observation très fine de votre part.Du grand reportage que je déguste savoureusement les mercredis soir.Une admiratrice!
Sonia
26-11-2009 14h34BEAU TRAVAIL, VRAIMENT TROP FORT! Grande fan du concept Strip-tease, CNRPLG est GENIAL! Rien à voir avec ces stupides émissions de télé réalité! Très bonne émission, félicitations à toute l'équipe!
Pierre
23-11-2009 14h42La vidéo de promo sur Youtube: http://www.youtube.com/watch?v=8lPcN110NN0
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Bien sûr, il encaisse une partie de leurs gains. Mais bon, il faut bien payer le loyer, la taxe communale (5.500 €/an) et gagner sa croûte. Le tout avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête: le jour où la commune de Saint-Trond décidera de se passer de la corne d'abondance que représente la quarantaine de bars à filles présents sur son territoire, Ghislain risquera plusieurs années de prison pour avoir facilité la prostitution. Ceci dit, l'ours n'est pas un bourreau, plutôt un "bompa". Ses filles, il les conduit, les console, les cajole un peu à l'occasion et ne leur manque jamais de respect. Et elles le lui rendent bien lorsqu'il a des ennuis de santé.
Loin des clichés médiatiques que charrie habituellement le sujet, le ton du film est léger, enlevé, jamais graveleux. On se surprend même plus d'une fois à rire. Cette caméra qui colle aux personnages, l'empathie que l'on ressent pour certains d'entre eux et l'absence de jugement moral: pas de doute, il y a du Strip-tease là-dessous. Cette filiation avec l'émission qui a déshabillé les Belges de 1985 à 2003, le réalisateur Didier Verbeek ne la nie pas: "On ne voulait pas faire du pathos, ni du racoleur. Quand, après quelques visites, j'ai remarqué que, dans la cuisine, ça parlait beaucoup plus de fric que de sexe, j'ai su qu'on était dans le bon".
Prendre les habitudes du téléspectateur à contre-pied, quitte à déranger les bonnes âmes: encore et toujours la méthode Strip-tease. "Aujourd'hui, quand on parle de prostitution à la télévision, il faut toujours que la fille soit une esclave exploitée par un réseau de vilains maquereaux. Nous montrons que cela ne se passe pas nécessairement comme ça. Ghislain n'a rien d'un méchant mac, bien au contraire, et les filles assument de se faire de l'argent grâce à leur corps. Ça ne va pas plaire à tout le monde", se réjouit le réalisateur qui compte bien présenter son travail dans l'un ou l'autre festival à l'étranger.
[...]
Evolution inquiétante
Fallait-il, pour autant, tout garder tel quel et ne pas réagir aux évolutions de la société? "Non, bien sûr, réagit Jean Libon. Il est tout à fait clair que la manière dont la télévision est reçue a complètement changé. Par exemple, j'ai été très étonné des réactions après la diffusion, le 10 juillet 2008, du portrait que nous avions réalisé, avec Marco Lamensch, de Bert Anciaux. Apparemment, les gens l'avaient trouvé très sympa alors que ce n'était pas le propos. Nous montrions tout de même ce qui se cachait derrière son sourire. Mais si nous ne sommes pas explicites, tout cela ne passe plus."
D'ailleurs, cette évolution inquiète davantage l'équipe que l'heure à laquelle sont programmés les reportages. "Un portrait de Roberto D'Orazio, tel que réalisé à l'époque, ou même de Mogi Bayat (le bouillant manager du Sporting de Charleroi - NDLR) est devenu impossible à faire aujourd'hui", se désole Didier Verbeek. "L'époque est à la communication, plus au journalisme, enchaîne Jean Libon. Or, notre propos est justement de défendre une écriture télévisuelle et une vision de la société qui ne soient pas uniquement de la communication."
Un flambeau à reprendre
Reste à espérer que les graines semées continuent à donner de jeunes pousses désireuses de reprendre le flambeau. Mais là encore, c'est plutôt le pessimisme qui est de mise: "Des jeunes qui sortaient des écoles de journalisme avec comme ambition de nous rejoindre, cela n'existe pratiquement plus en Belgique et en France. Ou alors à doses homéopathiques. Aujourd'hui, il y a des gars qui viennent présenter des sujets en disant: "Je connais un petit vieux sympa qui vit avec son chien". Ils n'ont rien compris."
Les héritiers de Strip-tease refusent cependant de baisser les bras. "Je suis persuadé de la pertinence de ce que je fais. Tant que personne ne m'aura prouvé que je suis à côté de la plaque, je continuerai, lance Yves Hinant. Réaliser des reportages au long cours (huit mois ont été nécessaires pour Au bordel ce soir - NDLR) est peut-être considéré comme un luxe, mais c'est un luxe que j'estime nécessaire. Pour moi, la solution d'avenir, c'est d'être encore plus radical et, surtout, de ne rien lâcher."Les téléspectateurs qui veulent les soutenir dans ce combat n'ont, finalement, qu'une chose à faire: être à l'heure aux rendez-vous télé fixés pour profiter de ce ton à nul autre pareil.
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