TéléMoustique n°4356 du 28/07/2010
Rejouez, c'est gagné!
Télé-Radio
En panne d'idées et face à la crise économique, la télé française exhume les jeux du passé. Et ça marche! Recettes d'un lifting gagnant.
Il n'y a pas de vieux jeux, juste des bons formats qui ne meurent jamais.
C'est dans les vieilles casseroles qu'on fait les meilleures soupes. L'adage n'a jamais été autant d'actualité dans l'univers des jeux télé. Après avoir remis La Roue de la fortune et Une famille en or au goût du jour, TF1 relance Le Juste Prix (voir encadré)pour quatre semaines au moins. Et d'ici quelques mois, c'est Tournez manège qui va reprendre du service. La première chaîne privée n'est pas la seule à recycler de vieux concepts: France 2 a redonné vie à Pyramides sous le titre Mot de passe et France 4 a déterré L'Académie des neuf devenu La Porte ouverte à toutes les fenêtres.
Phénomène étonnant que toutes ces vieilleries dépoussiérées. La télé française serait-elle en panne d'idées pour se tourner à ce point vers le passé? Pourtant, les armoires des producteurs débordent de nouveaux concepts. Mais très peu d'entre eux parviennent à l'antenne. Pourquoi? C'est simple: avant d'être programmé, un jeu doit être testé complètement, du décor au public, en passant par les candidats. Cette phase d'essai coûte très cher. Et en ces temps de crise, les chaînes et les sociétés de production hésitent à financer d'hasardeux pilotes. Elles pourraient aller piocher dans la manne de concepts internationaux. Mais elles s'inquiètent de leur manque d'efficacité. Ainsi, de nombreux jeux américains se sont ramassés ces dernières années. Bref, la perle rare est de plus en plus pénible à dégoter. Et, du coup, les télés françaises préfèrent relancer d'anciens formats.
Et ça marche! Les audiences de ces jeux sont au beau fixe. Etonnant? Par pour Hervé Hubert, producteur du nouveau Juste prix: "Il n'y a pas de vieux jeux, juste des bons formats qui ne meurent jamais". Les mécaniques de ces programmes sont en effet si puissantes qu'elles séduisent toutes les générations. Un enfant de 6 ans est capable de comprendre le principe du Juste prix ou d'Une famille en or. Dans cette émission, comme dans d'autres jeux rétro relookés, il n'est pas question de connaissance ni de culture mais plutôt de hasard, d'intuition et d'argent.
Les chaînes pensent tenir là une poignée de formules magiques éternelles. Affaiblie par la concurrence grossissante de la TNT, TF1 va jusqu'à considérer ces bons vieux divertissements comme une valeur refuge. Et puis, bonjour les jolies économies! "Produites à la chaîne, ces émissions sont les plus rémunératrices de la télé, assureFrançois Viot, auteur du livre Le Jackpot des jeux télé. Même équipe, même décor, mêmes techniciens, même mécanique. Cinq à sept émissions sont enregistrées en une journée. Cela permet des marges bénéficiaires confortables."
Reste cependant un effort de taille à fournir pour que la sauce reprenne: ces jeux doivent coller à notre air du temps et donc être considérablement transformés. "Revenir avec un vieux jeu sans y toucher serait suicidaire", explique Hervé Hubert. Pour moderniserle jeu culte, le producteur s'est inspiré du spectacle du Juste prix joué à Las Vegas. Dans un hôtel-casino, les participants paient leur place 45 dollars et peuvent gagner des voitures comme à la télé. "C'est un des spectacles qui m'a fait le plus rire à Vegas. Il y a du second degré mais ce n'est jamais au détriment des candidats. Le show est formidable, c'est drôle et enlevé. Le nouveau Juste prix a été conçu dans cet esprit."
Hervé Hubert a aussi contribué au lifting gagnant de La Roue de la fortune. D'après ses créateurs américains, c'est en France que l'on a conçu l'adaptation la plus réussie. Hubert l'a imaginée comme un show bâti autour d'un trio d'animateurs: la bimbo suédoise Victoria, Dechavanne et son chien. Le succès de La Roue a d'ailleurs encouragé Dechavanne à ressusciter lui-même Une famille en or. Ce jeu quotidien se porte à merveille et décroche ce samedi un prime exceptionnel avec des célébrités.
Totalement décomplexés, Dechavanne et tous les autres (Nagui, Foucault ou Arthur) n'ont plus peur d'animer des jeux. Dans les années 80 en revanche, les Morin, Roy ou Risoli passaient pour des seconds couteaux qui restaient cantonnés dans les jeux. Aujourd'hui pour le nouveau Tournez manège, TF1 songe à faire monter des "poids lourds" comme Cauet ou Christine Bravo. De son côté, Lagaf' n'est plus une star de la télé mais il reste un showman avec un humour (souvent beauf) et une personnalité identifiable. Il a le profil idéal pour se livrer à un ping-pong verbal avec les candidats du nouveau Juste prix.
Les sociétés de production ne s'attachent par qu'aux présentateurs. Les candidats sont tout aussi essentiels. Des castings permettent de trouver des spécimens capables d'assurer le spectacle. Si les participants français ne se montrent pas aussi exubérants que les Américains, ils se sont progressivement lâchés. Ils ont apprivoisé l'outil télévisuel. Ces candidats survoltés viennent doper les jeux néo-rétro, au même titre que les potiches bimbos aux jupes considérablement raccourcies et les décors high-tech. Tout cela permet de joliment ferrer le public. Alors, qu'on se le dire, la roue du vintage n'a pas fini de tourner.
Laurent Van Roey
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Phénomène étonnant que toutes ces vieilleries dépoussiérées. La télé française serait-elle en panne d'idées pour se tourner à ce point vers le passé? Pourtant, les armoires des producteurs débordent de nouveaux concepts. Mais très peu d'entre eux parviennent à l'antenne. Pourquoi? C'est simple: avant d'être programmé, un jeu doit être testé complètement, du décor au public, en passant par les candidats. Cette phase d'essai coûte très cher. Et en ces temps de crise, les chaînes et les sociétés de production hésitent à financer d'hasardeux pilotes. Elles pourraient aller piocher dans la manne de concepts internationaux. Mais elles s'inquiètent de leur manque d'efficacité. Ainsi, de nombreux jeux américains se sont ramassés ces dernières années. Bref, la perle rare est de plus en plus pénible à dégoter. Et, du coup, les télés françaises préfèrent relancer d'anciens formats.
Et ça marche! Les audiences de ces jeux sont au beau fixe. Etonnant? Par pour Hervé Hubert, producteur du nouveau Juste prix: "Il n'y a pas de vieux jeux, juste des bons formats qui ne meurent jamais". Les mécaniques de ces programmes sont en effet si puissantes qu'elles séduisent toutes les générations. Un enfant de 6 ans est capable de comprendre le principe du Juste prix ou d'Une famille en or. Dans cette émission, comme dans d'autres jeux rétro relookés, il n'est pas question de connaissance ni de culture mais plutôt de hasard, d'intuition et d'argent.
Les chaînes pensent tenir là une poignée de formules magiques éternelles. Affaiblie par la concurrence grossissante de la TNT, TF1 va jusqu'à considérer ces bons vieux divertissements comme une valeur refuge. Et puis, bonjour les jolies économies! "Produites à la chaîne, ces émissions sont les plus rémunératrices de la télé, assureFrançois Viot, auteur du livre Le Jackpot des jeux télé. Même équipe, même décor, mêmes techniciens, même mécanique. Cinq à sept émissions sont enregistrées en une journée. Cela permet des marges bénéficiaires confortables."
Reste cependant un effort de taille à fournir pour que la sauce reprenne: ces jeux doivent coller à notre air du temps et donc être considérablement transformés. "Revenir avec un vieux jeu sans y toucher serait suicidaire", explique Hervé Hubert. Pour moderniserle jeu culte, le producteur s'est inspiré du spectacle du Juste prix joué à Las Vegas. Dans un hôtel-casino, les participants paient leur place 45 dollars et peuvent gagner des voitures comme à la télé. "C'est un des spectacles qui m'a fait le plus rire à Vegas. Il y a du second degré mais ce n'est jamais au détriment des candidats. Le show est formidable, c'est drôle et enlevé. Le nouveau Juste prix a été conçu dans cet esprit."
Hervé Hubert a aussi contribué au lifting gagnant de La Roue de la fortune. D'après ses créateurs américains, c'est en France que l'on a conçu l'adaptation la plus réussie. Hubert l'a imaginée comme un show bâti autour d'un trio d'animateurs: la bimbo suédoise Victoria, Dechavanne et son chien. Le succès de La Roue a d'ailleurs encouragé Dechavanne à ressusciter lui-même Une famille en or. Ce jeu quotidien se porte à merveille et décroche ce samedi un prime exceptionnel avec des célébrités.
Totalement décomplexés, Dechavanne et tous les autres (Nagui, Foucault ou Arthur) n'ont plus peur d'animer des jeux. Dans les années 80 en revanche, les Morin, Roy ou Risoli passaient pour des seconds couteaux qui restaient cantonnés dans les jeux. Aujourd'hui pour le nouveau Tournez manège, TF1 songe à faire monter des "poids lourds" comme Cauet ou Christine Bravo. De son côté, Lagaf' n'est plus une star de la télé mais il reste un showman avec un humour (souvent beauf) et une personnalité identifiable. Il a le profil idéal pour se livrer à un ping-pong verbal avec les candidats du nouveau Juste prix.
Les sociétés de production ne s'attachent par qu'aux présentateurs. Les candidats sont tout aussi essentiels. Des castings permettent de trouver des spécimens capables d'assurer le spectacle. Si les participants français ne se montrent pas aussi exubérants que les Américains, ils se sont progressivement lâchés. Ils ont apprivoisé l'outil télévisuel. Ces candidats survoltés viennent doper les jeux néo-rétro, au même titre que les potiches bimbos aux jupes considérablement raccourcies et les décors high-tech. Tout cela permet de joliment ferrer le public. Alors, qu'on se le dire, la roue du vintage n'a pas fini de tourner.
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