TéléMoustique n°4406 du 01/09/2010
Olivier Maingain a un doute
Actu-Société
Le président du FDF n'a pas succombé à l'opération séduction de Bart De Wever. Au contraire...
"Mieux vaut une Flandre indépendante qu'une Belgique confédérale."
La mission d'information de Bart De Wever (NV-A), grand vainqueur des élections du 13 juin dernier, s'est terminée vendredi. A l'heure où vous lirez ces lignes, peut-être le roi aura-t-il déjà nommé un formateur (le socialiste Elio Di Rupo?). Lundi, on était encore aux supputations, avec quelques convictions: NV-A et PS ont manifesté suffisamment de bonne volonté - en paroles - pour prouver qu'ils étaient prêts à gouverner ensemble. Et chacun cherchera à créer une coalition identique à celles présentes aux niveaux régionaux: NV-A, CD&V et SP.A au Nord. PS, CDh, et peut-être Ecolo au Sud.
Exit les libéraux du MR, en recul électoral? Il paraît que la formule n'enchante pas Bart De Wever, qui craint un gouvernement trop marqué à gauche. Mais elle pourrait avoir, à ses yeux, le mérite d'offrir un champ de négociation sans la présence encombrante du président du FDF Olivier Maingain, dont les visions en matières communautaires sont évidemment à des années-lumière des siennes.
Le MR - et singulièrement le FDF - fera-t-il les frais d'une grande réforme de l'Etat dont plus personne ne doute aujourd'hui? Olivier Maingain ne le pense pas. Surtout, il doute du costume d'homme d'Etat responsable que semble vouloir endosser M. De Wever. Non, le nationaliste séparatiste ne s'est pas transformé en fédéraliste soucieux des intérêts de chacun. Et le Bruxellois de prévenir tous les francophones: l'aventure confédérale ne sauvera pas la Belgique, elle l'enterrera définitivement.
On sort de trois semaines très curieuses, marquées par une certaine unanimité autour de la personne de Bart De Wever. Ses adversaires politiques ont loué son écoute, sa technique de travail. Qu'en pensez-vous?
Olivier Maingain. - Je ne participe pas à cette espèce de cour forcé de ceux qui veulent maintenant entrer dans les bonnes grâces de M. De Wever parce qu'il a gagné les élections. Cette unanimité de façade a quelque chose de très hypocrite.
La presse s'en est aussi fait le relais.
Tout le monde cherche un petit signe qui laisserait entendre que M. De Wever n'est plus le même homme. Mais qu'on ne s'y trompe pas: il ne sera pas le sauveur du pays. Ceux qui le croient sont soit très aveugles, très naïfs, soit très complices; je leur laisse le choix. On ne change pas un homme parce qu'il a gagné un scrutin électoral. Un homme qui, je le rappelle, a serré la main à Jean-Marie Le pen, est allé aux funérailles du fondateur du Vlaams Belang, participe à des cercles nationalistes où sont présents des représentants de l'extrême droite flamande.
Il s'est déjà expliqué sur tous ces sujets.
Pris individuellement, tous ces éléments peuvent effectivement trouver une justification légitime. Mais additionnés, ils montrent à quel point le personnage est quand même "bordeline". Il faut aussi s'intéresser au CV des élus de son parti. Quelques-uns parmi eux appartiennent à des associations qui ne sont pas des plus sympathiques à l'égard de ceux qui ne sont pas - comme ils le disent eux-mêmes sur certains de leurs sites - de la vraie race flamande.
Le MR et donc le FDF doivent-ils entrer dans un gouvernement avec la NV-A si on le lui propose?
Rien ne doit être exclu, mais nous n'irons pas à une négociation en oubliant nos engagements électoraux, notamment sur le plan économique et en matière de défense des francophones. Ce serait prendre le risque de basculer dans l'inconnu. Et je ne pense pas que c'est ce que demandent nos électeurs.
Vous vous attendiez à être reçu par M De Wever lors de sa mission d'information?
Pas du tout. C'est traditionnellement le président qui est d'abord convié. Mais quand on entrera dans les négociations, si nous y sommes invités, je ferai naturellement partie de la délégation. Je n'ai aucune inquiétude à ce sujet, même après les commentaires d'Armand De Decker (qui avait affirmé il y a dix jours que le MR pourrait éventuellement se passer du FDF pour intégrer une majorité - NDLR). Je n'ai entendu aucune personnalité marquante du MR prendre le relais de ses propos.
Certains disent que les victoires très nettes de la NV-A et du PS offrent enfin une véritable opportunité, assez rare dans ce pays, de conclure un grand accord historique?
Je me méfie de cette espèce de logique où il y aurait tout d'un coup deux magiciens qui auraient la capacité de résoudre en une fois, sans soubresaut, sans crise, sans moments de tension, ce qui n'a pas été résolu ces deux dernières années. Le fossé de conception entre le Nord et le Sud quant à l'avenir de l'Etat Belge ne sera pas résorbé simplement en mettant en présence des personnalités qui prétendent en avoir la volonté. D'autant que pour former une majorité, il y a beaucoup d'autres partis qui devront être convaincus du bien fondé de ce que PS et NV-A proposent.
L'opinion n'est-elle pas mûre pour un grand changement? Plus que vous ne voulez l'admettre?
Je n'entends rien de ce genre autour de moi. Que les choses doivent bouger, certainement. Moi aussi je le désire ardemment. Mais pas à n'importe quel prix. Ce n'est pas parce qu'il y a un grand vainqueur au Nord qu'on doit accepter qu'il nous embarque dans une aventure qui ne nous intéresse pas.
Si la Belgique se dirige vers un Etat confédéral, qu'est-ce que vous faites? Vous quittez le pays?
Certainement pas. Mais je ne peux que redire ce que j'ai souligné en campagne électorale: le FDF ne soutiendra aucune démarche de type confédéral tel quel le réclament les Flamands, à savoir un Etat belge semblable à une coquille vide et une Région bruxelloise sous contrôle de la Flandre.
Il y a aussi une série de situations intermédiaires.
Non, il ne faut pas faire croire cela aux gens. Il n'y a qu'une réelle alternative. Soit un système fédéral dans lequel les entités possèdent une réelle autonomie, mais où l'Etat peut arbitrer des conflits entre ces entités ou quand une de ces entités ne respecte pas les droits fondamentaux de certains de ses habitants. C'est celui que je cautionne. Soit un Etat tel que le réclament les Flamands, qui semblent ne même plus supporter l'existence d'une telle autorité d'arbitrage. Si c'est vraiment ce choix de la plus large autonomie que réclame la NV-A, alors il vaut mieux accorder l'indépendance à la Flandre.
On connaît votre souhait de rattacher les communes à facilités à Bruxelles en cas de scission de BHV, à fortiori du pays. Quid des autres francophones de l'arrondissement? Vous seriez prêts à les abandonner?
Vous savez, même en cas de rattachement des communes à facilités à Bruxelles, même en cas de très large autonomie et même d'indépendance de la Flandre, celle-ci ne peut se soustraire à ses obligations internationales. Bruxelles étouffe dans ses 19 communes. Toutes les grandes métropoles européennes s'étendent, ne serait-ce que sociologiquement. Les Flamands ne pourront jamais empêcher les gens de s'installer librement en Région flamande s'ils le désirent, et comme l'autorise le principe européen de libre circulation des personnes. Le FDF ne veut pas coloniser le Brabant flamand, il n'a jamais dit que les gens qui s'y installent ne devaient pas faire l'effort de parler la langue de ceux qui les accueillent. Mais, à l'inverse, il n'est absolument pas acceptable que des politiques discriminatoires soient menées à leur encontre sur des critères linguistiques. C'est contraire au droit européen.
L'avenir du pays ne mérite-t-il pas qu'on «sacrifie» la périphérie, communes à facilité y compris?
Certainement pas. Ceux qui croient qu'on peut sauver le pays en sacrifiant la périphérie, sacrifieront ensuite Bruxelles au profit de la Flandre et finiront par donner raison aux tenants du séparatisme.
Vous pensez que les Wallons sont du même avis?
Beaucoup savent que la logique d'appropriation des richesses de Bruxelles par la Flandre nationaliste ne peut que leur causer préjudice. Quelles que soient les querelles qui existent parfois entre Bruxellois et Wallons, ceux-ci doivent comprendre l'intérêt supérieur commun que représente leur solidarité naturelle avec la capitale. Sans cela, je donne Bart De Wever triomphant dans les 15 ans.
Damien Bodart
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3 réactions
mistinguett
01-08-2010 20h04Je suis cntente d elire les propos d'Olivier Maingain sur Bruxelles. Cela me semble plein de bon sens, et posé.
spirou
15-07-2010 15h26Voyons, Solange,pourquoi mélanger sympathie et rflexion?
Solange
09-07-2010 11h57Je n'aime pas spécialement cet homme mais il faut reconnaitre qu'il a qd même raison concerant Bruxelles... Espérons que plus de wallons en prendront conscience...
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Exit les libéraux du MR, en recul électoral? Il paraît que la formule n'enchante pas Bart De Wever, qui craint un gouvernement trop marqué à gauche. Mais elle pourrait avoir, à ses yeux, le mérite d'offrir un champ de négociation sans la présence encombrante du président du FDF Olivier Maingain, dont les visions en matières communautaires sont évidemment à des années-lumière des siennes.
Le MR - et singulièrement le FDF - fera-t-il les frais d'une grande réforme de l'Etat dont plus personne ne doute aujourd'hui? Olivier Maingain ne le pense pas. Surtout, il doute du costume d'homme d'Etat responsable que semble vouloir endosser M. De Wever. Non, le nationaliste séparatiste ne s'est pas transformé en fédéraliste soucieux des intérêts de chacun. Et le Bruxellois de prévenir tous les francophones: l'aventure confédérale ne sauvera pas la Belgique, elle l'enterrera définitivement.
On sort de trois semaines très curieuses, marquées par une certaine unanimité autour de la personne de Bart De Wever. Ses adversaires politiques ont loué son écoute, sa technique de travail. Qu'en pensez-vous?
Olivier Maingain. - Je ne participe pas à cette espèce de cour forcé de ceux qui veulent maintenant entrer dans les bonnes grâces de M. De Wever parce qu'il a gagné les élections. Cette unanimité de façade a quelque chose de très hypocrite.
La presse s'en est aussi fait le relais.
Tout le monde cherche un petit signe qui laisserait entendre que M. De Wever n'est plus le même homme. Mais qu'on ne s'y trompe pas: il ne sera pas le sauveur du pays. Ceux qui le croient sont soit très aveugles, très naïfs, soit très complices; je leur laisse le choix. On ne change pas un homme parce qu'il a gagné un scrutin électoral. Un homme qui, je le rappelle, a serré la main à Jean-Marie Le pen, est allé aux funérailles du fondateur du Vlaams Belang, participe à des cercles nationalistes où sont présents des représentants de l'extrême droite flamande.
Il s'est déjà expliqué sur tous ces sujets.
Pris individuellement, tous ces éléments peuvent effectivement trouver une justification légitime. Mais additionnés, ils montrent à quel point le personnage est quand même "bordeline". Il faut aussi s'intéresser au CV des élus de son parti. Quelques-uns parmi eux appartiennent à des associations qui ne sont pas des plus sympathiques à l'égard de ceux qui ne sont pas - comme ils le disent eux-mêmes sur certains de leurs sites - de la vraie race flamande.
Le MR et donc le FDF doivent-ils entrer dans un gouvernement avec la NV-A si on le lui propose?
Rien ne doit être exclu, mais nous n'irons pas à une négociation en oubliant nos engagements électoraux, notamment sur le plan économique et en matière de défense des francophones. Ce serait prendre le risque de basculer dans l'inconnu. Et je ne pense pas que c'est ce que demandent nos électeurs.
Vous vous attendiez à être reçu par M De Wever lors de sa mission d'information?
Pas du tout. C'est traditionnellement le président qui est d'abord convié. Mais quand on entrera dans les négociations, si nous y sommes invités, je ferai naturellement partie de la délégation. Je n'ai aucune inquiétude à ce sujet, même après les commentaires d'Armand De Decker (qui avait affirmé il y a dix jours que le MR pourrait éventuellement se passer du FDF pour intégrer une majorité - NDLR). Je n'ai entendu aucune personnalité marquante du MR prendre le relais de ses propos.
Certains disent que les victoires très nettes de la NV-A et du PS offrent enfin une véritable opportunité, assez rare dans ce pays, de conclure un grand accord historique?
Je me méfie de cette espèce de logique où il y aurait tout d'un coup deux magiciens qui auraient la capacité de résoudre en une fois, sans soubresaut, sans crise, sans moments de tension, ce qui n'a pas été résolu ces deux dernières années. Le fossé de conception entre le Nord et le Sud quant à l'avenir de l'Etat Belge ne sera pas résorbé simplement en mettant en présence des personnalités qui prétendent en avoir la volonté. D'autant que pour former une majorité, il y a beaucoup d'autres partis qui devront être convaincus du bien fondé de ce que PS et NV-A proposent.
L'opinion n'est-elle pas mûre pour un grand changement? Plus que vous ne voulez l'admettre?
Je n'entends rien de ce genre autour de moi. Que les choses doivent bouger, certainement. Moi aussi je le désire ardemment. Mais pas à n'importe quel prix. Ce n'est pas parce qu'il y a un grand vainqueur au Nord qu'on doit accepter qu'il nous embarque dans une aventure qui ne nous intéresse pas.
Si la Belgique se dirige vers un Etat confédéral, qu'est-ce que vous faites? Vous quittez le pays?
Certainement pas. Mais je ne peux que redire ce que j'ai souligné en campagne électorale: le FDF ne soutiendra aucune démarche de type confédéral tel quel le réclament les Flamands, à savoir un Etat belge semblable à une coquille vide et une Région bruxelloise sous contrôle de la Flandre.
Il y a aussi une série de situations intermédiaires.
Non, il ne faut pas faire croire cela aux gens. Il n'y a qu'une réelle alternative. Soit un système fédéral dans lequel les entités possèdent une réelle autonomie, mais où l'Etat peut arbitrer des conflits entre ces entités ou quand une de ces entités ne respecte pas les droits fondamentaux de certains de ses habitants. C'est celui que je cautionne. Soit un Etat tel que le réclament les Flamands, qui semblent ne même plus supporter l'existence d'une telle autorité d'arbitrage. Si c'est vraiment ce choix de la plus large autonomie que réclame la NV-A, alors il vaut mieux accorder l'indépendance à la Flandre.
On connaît votre souhait de rattacher les communes à facilités à Bruxelles en cas de scission de BHV, à fortiori du pays. Quid des autres francophones de l'arrondissement? Vous seriez prêts à les abandonner?
Vous savez, même en cas de rattachement des communes à facilités à Bruxelles, même en cas de très large autonomie et même d'indépendance de la Flandre, celle-ci ne peut se soustraire à ses obligations internationales. Bruxelles étouffe dans ses 19 communes. Toutes les grandes métropoles européennes s'étendent, ne serait-ce que sociologiquement. Les Flamands ne pourront jamais empêcher les gens de s'installer librement en Région flamande s'ils le désirent, et comme l'autorise le principe européen de libre circulation des personnes. Le FDF ne veut pas coloniser le Brabant flamand, il n'a jamais dit que les gens qui s'y installent ne devaient pas faire l'effort de parler la langue de ceux qui les accueillent. Mais, à l'inverse, il n'est absolument pas acceptable que des politiques discriminatoires soient menées à leur encontre sur des critères linguistiques. C'est contraire au droit européen.
L'avenir du pays ne mérite-t-il pas qu'on «sacrifie» la périphérie, communes à facilité y compris?
Certainement pas. Ceux qui croient qu'on peut sauver le pays en sacrifiant la périphérie, sacrifieront ensuite Bruxelles au profit de la Flandre et finiront par donner raison aux tenants du séparatisme.
Vous pensez que les Wallons sont du même avis?
Beaucoup savent que la logique d'appropriation des richesses de Bruxelles par la Flandre nationaliste ne peut que leur causer préjudice. Quelles que soient les querelles qui existent parfois entre Bruxellois et Wallons, ceux-ci doivent comprendre l'intérêt supérieur commun que représente leur solidarité naturelle avec la capitale. Sans cela, je donne Bart De Wever triomphant dans les 15 ans.
Damien Bodart
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